Réflexions de Carolyn Baker : 21ème semaine

Vous avez atteint la rive. Il n’y a pas d’instructions.

Denise Levertov

Nous sommes donc ici, à vivre une époque dont nous n’avons peut-être jamais rêvé, du moins nous, avec notre travail sûr, une éducation solide, une hypothèque à taux fixe et les nombreux conforts pour lesquels nous avons travaillé si dur. Nous sommes maintenant dans des eaux pour lesquelles peu d’entre nous ont reçu une formation sérieuse. Même les cours que nous avons peut-être pris en permaculture, jardinage organique, menuiserie, intervention d’urgence ou communication non violente n’auraient jamais suffi à pleinement nous préparer pour l’effondrement de toutes les institutions, de l’épuisement des ressources mondiales, du chaos climatique et pour le degré de frugalité que nous impose l’effondrement économique.

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Réflexions de Carolyn Baker : 20ème semaine

L’esprit est fasciné par l’avenir, veut savoir la signification de tout et aimerait étirer, sinon rompre complètement, les lois de la nature par le biais de la technologie ou de la prière. Il est plein d’idéaux et d’ambition, et c’est un aspect nécessaire, enrichissant et inspirant de la vie humaine.

L’âme est […] imprégnée dans les détails de l’expérience quotidienne ordinaire. Dans l’esprit, nous essayons de transcender notre humanité, dans l’âme, nous essayons d’entrer dans notre humanité pleinement et de la réaliser complètement.

Thomas Moore, The Education of the Heart

Dès le moment où j’ai commencé à écrire à propos de l’effondrement de la civilisation industrielle, au début de ce siècle, on m’a demandé de prédire comment se déroulera l’effondrement. J’ai toujours résisté à fournir des détails, mais j’ai certainement voulu articuler les tendances générales dont nous avons été témoins.

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Réflexions de Carolyn Baker : 19ème semaine

Un aîné assis à l’arrière de la pièce d’un groupe du conseil autochtone des États-Unis détient une autorité. Non pas parce qu’il est titulaire d’un grade supérieur, mais parce qu’il a certaines valeurs.

James Hillman

Nos ancêtres étaient des populations tribales, ce qui, par définition, signifie que leur structure était plutôt communautaire que hiérarchique. De nombreuses tribus étaient des sociétés matriarcales dans lesquelles les matrones ou les mères du clan détenaient l’autorité ultime. Par exemple, parmi la Confédération iroquoise au début de l’Amérique du Nord, les hommes devaient obtenir la permission des mères du clan pour aller à la guerre.

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Réflexions de Carolyn Baker : 18ème semaine

Trouver de la beauté dans un monde brisé, c’est créer de la beauté dans le monde que nous trouvons.

Terry Tempest Williams

Dans un environnement en déclin, il est parfois difficile de trouver la beauté, en particulier dans les zones où existent beaucoup de dévastation ou de décomposition. Une grande partie de la nature a été ravagée par les humains ou les changements climatiques causés par l’homme. Selon l’endroit où l’on vit, il peut être difficile d’accéder à la beauté naturelle. Alors que dans le passé nous avons peut-être compté sur des promenades en forêt pour nous imprégner de beauté naturelle, ces forêts peuvent maintenant avoir disparu ou être gravement altérées. Nous sommes peut-être habitués à une chaîne sonore mélodieuse ou à une sortie régulière à des concerts symphoniques pour profiter d’une magnifique musique, ce qui ne sera pas possible à l’avenir. Films, pièces de théâtre et galeries d’art pourraient ne plus être accessibles dans un monde transformé. Nous ne pourrons plus compter sur la technologie pour accéder à la beauté.

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Réflexions de Carolyn Baker : 17ème semaine

Ce n’est pas un signe de santé que d’être bien adapté à une société profondément malade.

Jiddu Krishnamurti

Combien d’années avez-vous passées à ne pas vous adapter à la civilisation industrielle ? Peut-être ne saviez-vous pas que c’était ce que vous faisiez et peut-être ne pouviez-vous pas nommer la façon dont vous choisissiez de vivre votre vie. Mais au fur et à mesure que la crise mondiale s’est aggravée, la conscience que vous ne vous conformiez pas au paradigme de la croissance infinie, à l’utilisation insensée de l’énergie et à l’extinction de masse de toutes les espèces causée par l’humanité, y compris l’espèce humaine, tout cela vous a peut-être révélé à quel point le monde où vous viviez était devenu malade.

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Réflexions de Carolyn Baker : 16ème semaine

L’ombre est un problème moral qui interpelle l’ensemble de l’ego-personnalité, car personne ne peut devenir conscient de l’ombre sans un effort moral considérable. En devenir conscient signifie de reconnaître que les aspects sombres de la personnalité sont présents et réels. Cette action est le prérequis essentiel à tout type de connaissance de soi.

Carl Jung

Nous avons une énorme dette envers Jung pour avoir défini et articulé le concept de l’ombre. Essentiellement, l’ombre est une partie de nous que nous désavouons en disant « ce n’est pas moi ». Par exemple, nous disons peut-être du menteur en nous : « Ce n’est pas moi, je dis toujours la vérité », même si une certaine partie de nous n’est pas entièrement honnête. De même, nous pouvons renier les plus abominables traits de caractère qui nous entourent avec un « Ce n’est pas moi ». Le vol, la tricherie, l’infidélité, l’avarice, l’envie, la duplicité, l’opportunisme, la haine, la violence — nous insistons pour dire de tous et chacun « Ce n’est pas moi » et pourtant ils existent tous dans la psyché de chaque être humain, consciemment ou non.

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Réflexions de Carolyn Baker : 15ème semaine

Je ne me souviens pas m’être jamais sentie aussi éveillée.

Thelma dans le film Thelma et Louise

Un de ses élèves demanda au Bouddha :

— Êtes-vous le Messie ?
— Non, répondit le Bouddha.
— Donc vous êtes un guérisseur ?
— Non, répondit le Bouddha.
— Donc vous êtes un enseignant ? continua l’élève.
— Non, je ne suis pas un enseignant.
— Alors qu’êtes-vous ? demanda l’étudiant exaspéré.
— Je suis éveillé, répondit le Bouddha.

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Réflexions de Carolyn Baker : 14ème semaine

Vous n’êtes pas appelé à voter sur ce qui est. Avez-vous remarqué ?

Byron Katie

Au cours des bonnes années de prospérité économique, il était plus facile de vivre dans le déni. Après tout, il suffisait de prendre de l’alcool, de la bouffe, la carte de crédit ou de passer à la flamme amoureuse suivante et, pendant un certain temps, tout souci disparaissait. Lorsque les temps sont difficiles, lorsque nous ne sommes peut-être même pas sûrs d’où viendra le prochain repas, nous sommes obligés d’encaisser ce qui est. Ou bien, nous choisissons de prendre encore un autre soporifique ou bien nous restons paisiblement assis à regarder ce qui est.

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Réflexions de Carolyn Baker : 13ème semaine

Deux prisonniers dont les cellules sont adjacentes communiquent l’un avec l’autre en cognant sur le mur. Le mur est la chose qui les sépare, mais il est également leur moyen de communication. C’est la même chose avec nous et Dieu. Chaque séparation est un lien.

Simone Weil, militante de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale

Nous avons atteint une époque dans l’histoire humaine où chaque personne, chaque événement, chaque expérience nous oblige à enfin comprendre pleinement que la séparation entre nous-mêmes et les autres n’existe pas. Même les murs que nous construisons entre nous et les autres, les ressentiments, les peurs, les jalousies et toutes nos défenses, nous gardent connectés, quoique de façon déformée, mais reliés tout de même à ceux que nous cherchons à repousser.

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Réflexions de Carolyn Baker : 12ème semaine

Un jour, Nasrudin marchait sur une route déserte. La nuit tombait lorsqu’il aperçut une troupe de cavaliers qui venait vers lui. Son imagination se mît en mouvement et il craignit qu’ils veuillent le voler ou le forcer à joindre l’armée. Cette crainte devint si forte qu’il sauta par-dessus un mur et se retrouva dans un cimetière. Les voyageurs, qui n’avaient pas les intentions que Nasrudin leur prêtait, descendirent de cheval et le rejoignirent par curiosité.
En arrivant à lui qui gisait, immobile, l’un dit : « Pouvons-nous vous aider ? Pourquoi êtes-vous ici dans cette position ? »
Nasrudin, réalisant son erreur, dit : « Cela est plus compliqué que vous le pensez. Vous voyez, je suis ici à cause de vous ; et vous, vous êtes ici à cause de moi. »

Conte soufi

Les enseignements et le folklore de la mystique soufie sont remplis de citations et de plaisanteries de Nasrudin. J’ai inclus cette blague parce que l’une des pratiques les plus importantes et salutaires en période de turbulence est le rire.

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