Réflexions de Carolyn Baker : 21ème semaine

Vous avez atteint la rive. Il n’y a pas d’instructions.

Denise Levertov

Nous sommes donc ici, à vivre une époque dont nous n’avons peut-être jamais rêvé, du moins nous, avec notre travail sûr, une éducation solide, une hypothèque à taux fixe et les nombreux conforts pour lesquels nous avons travaillé si dur. Nous sommes maintenant dans des eaux pour lesquelles peu d’entre nous ont reçu une formation sérieuse. Même les cours que nous avons peut-être pris en permaculture, jardinage organique, menuiserie, intervention d’urgence ou communication non violente n’auraient jamais suffi à pleinement nous préparer pour l’effondrement de toutes les institutions, de l’épuisement des ressources mondiales, du chaos climatique et pour le degré de frugalité que nous impose l’effondrement économique.

Sommes-nous vraiment censés improviser tout en même temps ? En fait, nos ancêtres ont fait exactement cela à des millions de reprises. Qu’il s’agisse de nos récents ancêtres qui ont défriché les forêts du Nouveau-Monde ou de nos lointains ancêtres qui ont découvert ce qui pourrait se produire en frottant deux bâtons ensemble pour produire des étincelles et enflammer de l’herbe, l’histoire de notre espèce est l’histoire de l’acceptation de ce qui ne fonctionnait pas et de l’ouverture à ce qui se pouvait.

L’ensemble des grandes traditions et des sages dont les paroles sont consignées dans ce livre nous rappelle que nous ne sommes pas seuls. Ne pas détenir les instructions ne signifie pas que nous n’avons aucune aide. De grandes choses ont souvent été réalisées par des gens qui se sentaient affreusement impuissants et non qualifiés.

La rive est un lieu terrifiant et passionnant.

Ne sous-estimez jamais le pouvoir de la volonté, de l’ouverture à demander de l’aide au sacré et de la connexion avec d’autres qui se sentent à la dérive de la même façon, mais qui sont déterminés à aller de l’avant. Que nous nous tenions sur la rive parce que nous venons à peine de découvrir la terre après avoir été perdus en mer ou parce que les feux de la terre nous ont chassés vers la rive et que nous devons nager, nous sommes là, à cette proverbiale et parfois littérale frontière entre le possible et l’apparemment impossible.

De nouveaux âges et de nouvelles espèces sont créés par des personnes courageuses qui se tiennent debout sur la côte, sans instructions, mais qui sont disposées à utiliser les ressources internes et externes qui sont à leur disposition, sans jamais savoir avec certitude si elles vont réussir ou échouer — ou même ce que cela signifie.


Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées sous la rubrique Carolyn Baker à raison d’une par semaine.


Vous pouvez vous procurer L’effondrement de Carolyn Baker, Éditions Écosociété dans toutes les bonnes librairies, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de

Fondation Écho-logie
7011, ave Champagneur
Montréal (QC) H3N 2J6

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