Réflexions de Carolyn Baker : 2ème semaine

L’accent exagéré mis sur le rythme rapide du mode de vie instantané est sans aucun doute le plus dangereux ennemi de la joie. Autant que possible, aussi vite que possible, c’est sa devise. Il mène à de plus en plus d’amusement et à de moins en moins de joie.

Hermann Hesse

La culture de la modernité ne connaît pas la joie. Elle connaît l’obsession pour la technologie, la messagerie instantanée, les parcs à thème, les sports extrêmes, les courses NASCAR, les jeux vidéo, et le parachutisme — autant d’éléments qui nous ont permis de nous noyer dans l’amusement, mais pour l’essentiel, la joie nous échappe.

La joie est très différente du bonheur, du plaisir ou du divertissement et est liée au mot latin gaudere, « se réjouir ». « Joie » et « se réjouir » ont tous deux une connotation spirituelle qui suggère un sentiment de gratitude. Chaque fois que nous sommes reconnaissants, une relation quelconque est implicite. Nous rendons grâce, mais à qui ou à quoi ? Certainement pas à nous-mêmes.

Se réjouir signifie « prendre plaisir à », ce qui suggère une expérience beaucoup plus profonde et plus pénétrante pour l’âme que le simple bonheur. En réalité, on peut faire l’expérience de la joie même au cœur de la tristesse, comme un de mes amis qui se remet aujourd’hui de sa lutte contre le cancer et survit à une greffe de cellules souches me le rappelle fréquemment. Dans les affres des tribulations de son cancer, mon ami a souvent dit : « C’est si horrible, mais je ressens tellement de joie en marchant sur ce chemin consciemment ». Et c’est peut-être la différence cruciale entre le bonheur et la joie. On peut être heureux tout en étant étonnamment inconscient, mais la joie exige la lucidité, la gratitude, et la présence dans le corps.

Curieusement, le mot joie est aussi lié au mot espagnol qui signifie bijou, joya. Il semblerait ainsi qu’expérimenter la joie et le savoir ressemble à détenir un bijou précieux à travers les vicissitudes de la condition humaine si souvent empreinte de tristesse, de déception et de perte. Afin de ressentir consciemment et de savourer la joie, il est toutefois nécessaire de ralentir et d’être attentif à notre expérience d’un moment à l’autre. Peu importe combien d’exaltation ou de stimulation nous apporte un style de vie trépidant, c’est en fin de compte, comme nous le rappelle Hesse, l’ennemi de la joie.


Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées sous la rubrique Carolyn Baker à raison d’une par semaine.


Vous pouvez vous procurer L’effondrement de Carolyn Baker, Éditions Écosociété dans toutes les bonnes librairies, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de

Fondation Écho-logie
7011, ave Champagneur
Montréal (QC) H3N 2J6

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